Sur une répétition quand on veut approcher le son massif et atmosphérique d'un groupe comme Cult of Luna, on n'a pas forcément envie d'embarquer la régie du Zénith. Je suis souvent confrontée à cette question en interview ou backstage : "Quel minimum de matos emporter pour sonner post-metal sans perdre l'âme du groupe ?" J'ai donc mis à plat ici un kit d'effets minimal pensé pour la répétition — mobile, efficace et capable de produire les murs de son, les nappes et les nuances qui caractérisent le son de Cult of Luna.
Principes avant la liste
Le son post-metal, et en particulier celui de Cult of Luna, repose sur quelques piliers :
Dans une salle de répète, l'acoustique ne pardonne pas. Le but est donc d'avoir des outils qui fonctionnent en direct et qui soient simples à régler rapidement.
Le kit minimal (ma proposition)
Voici la chaîne d'effets minimale que j'utilise personnellement ou conseille souvent — 5 pédales maximum pour rester simple :
- Tuner (plein format ou pédale compacte)
- Overdrive / Boost transparent (ex : JHS Morning Glory, Boss BD-2, ou TC Electronic Spark)
- Distorsion/fuzz pour les montées (ex : ProCo Rat, Big Muff ou EarthQuaker Devices Hoof)
- Delay modéré/looper (ex : Boss DD-7, Electro-Harmonix Memory Man, ou un petit Boss RC-1 pour boucles)
- Reverb longue et modulée (ex : TC Electronic Hall of Fame, EarthQuaker Avalanche Run, Boss RV-6)
Optionnel mais très utile : un volume/expression pedal (ex : Boss FV-500H) placé après la disto avant les délais/reverbs pour swell et contrôles dynamiques, et une pédale d'égalisation (éventuellement un MXR 6-Band) si le pédalboard ou l'ampli nécessite un ajustement fin.
Pourquoi ces choix ?
Le tuner : évident. Une guitare légèrement désaccordée tue l'harmonie d'une nappe.
L'overdrive/boost : il sert à pousser l'ampli, à obtenir sustain et présence sans fermer le son. Cult of Luna aime des distorsions qui respirent avec l'ampli, pas forcément des multi-fuzz à compression. Un boost transparent permet aussi d'isoler les parties lead sans changer la couleur globale.
La distorsion/fuzz dédiée : pour les murs sonores et les sections les plus saturées. Choisir un modèle qui sait être sale sans devenir flou est clé (Rat ou Big Muff selon la préférence de grain).
Le delay : essentiel pour créer des répétitions rythmiques et des textures. Mieux vaut un délai analogique/à lampe ou à modélisation chaleureuse avec temps de bus plutôt longs (400–800 ms) et possibilité de feedback élevé pour sculpter des nappes.
La reverb longue : ici on cherche des halls, des plates ou des reverbs modulées qui floutent légèrement le son et apportent une sensation d'espace. Avalanche Run ou Memory Man with Hazarai sont top, mais une petite Hall of Fame fait son job en répétition.
Chaîne de signal recommandée
Ordre conseillé pour un son cohérent en répétition :
- Tuner → Overdrive/Boost → Distortion/Fuzz → Volume/Expression → Delay → Reverb → Ampli
Pourquoi l'ordre ? Les fuzz/distos proches de la guitare gardent l'interaction avec les micro/ampli. Les délais et reverbs après la disto permettent de placer l'ambiance derrière le mur de guitare. Le volume avant les délais permet de faire des swell sans couper la répétition de delay.
Réglages-type pour commencer
Voici des points de départ que j'utilise souvent en répétition. Pensez à ajuster selon votre ampli, votre guitare et la salle.
- Overdrive/Boost : Gain 9–11h, Level selon besoin (+3 à +6 dB)
- Distorsion/Fuzz : Gain 10–12h pour riffs gras, Tone à midi, Level pour matcher clean
- Delay : Temps 400–600 ms (pour arpèges et motifs) ou 600–800 ms pour nappes longues, Feedback 30–50%, Mix 25–40%
- Reverb : Decay 4–8s, Mix 30–50%, Modulation selon goût
- Volume pedal : position feutrée pour passages ambient, pleine pour riffs
Ampli et réglages à la répétition
Un bon son post-metal en répétition ne vient pas uniquement des pédales. Pour le rendu Cult of Luna, je privilégie :
- un ampli à lampes ou un modèle numérique avec bonne dynamique (ex : Marshall JCM, Fender Bassman, ou un Kemper en profil chaleureux)
- une EQ qui renforce les graves sans brouiller (low entre 80–120 Hz), médiums creusés légèrement pour laisser de l'espace (400–800 Hz), présence à 3–5 kHz selon l'articulation
- volume modéré — la saturation naturelle de l'ampli est clé, donc pousser l'ampli plutôt que la pédale exclusivemente
La basse et la batterie : penser mix dès la répète
Le post-metal, c'est horizontal autant que vertical. La basse doit être ronde et définie : compression légère, overdrive subtil si nécessaire (ex : Darkglass Vintage ou MXR Bass DI+), et un compresseur pour tenir les longues notes. Proposer au batteur un jeu dynamique avec gros toms et cymbales ouvertes aide la guitare à respirer.
Astuces pratiques en répétition
Alternatives minimalistes
Si vraiment vous voulez réduire encore : prenez un overdrive boost + delay à peine modulé et une reverb petite mais capable de long decay. Beaucoup de groupes post-metal tournent avec un board très épuré et misent sur l'ampli et le jeu pour la couleur.
Sur le blog, je partage souvent des setups concrets après avoir discuté avec des musicien·ne·s : si vous voulez, je peux détailler un patch pour un morceau précis de Cult of Luna, ou analyser un setlist pour vous dire quelles pédales utiliser à quel moment. Écrire sur du son, c'est aussi échanger des réglages et des petites trouvailles qui font la différence en répétition.