En concert, j'ai souvent vu des téléphones sortir à la fois comme témoins et comme instruments de capture. On peut obtenir des enregistrements étonnamment exploitables avec un smartphone, à condition d'anticiper et d'appliquer quelques règles simples. Voici la checklist que j'utilise quand je sais que je vais devoir livrer un fichier audio propre — que ce soit pour un album live DIY, une archive de tournée ou pour envoyer au·à un·e journaliste.

Avant le live — préparation matérielle et logicielle

Tout commence bien avant que les premières notes ne claquent.

  • Vérifier l'espace de stockage — Un concert en qualité élevée peut vite remplir 2 à 4 Go. Je garde au minimum 10 Go libres pour être tranquille.
  • Charger batterie et prévoir batterie externe — Les applications d'enregistrement sollicitent fort la batterie. Powerbank obligatoire si le concert dure plus d'une heure.
  • Mode avion ou Ne pas déranger — Couper les notifications et appels évite bips et arrêts intempestifs. N'oubliez pas d'autoriser les alarmes si nécessaire.
  • Choisir la bonne application — Pour une captation sérieuse, je privilégie FiLMiC Pro (vidéo) ou des applications audio comme RecForge II, Voice Record Pro, ou Rode Rec. Elles offrent contrôle du gain, format WAV/PCM et monitoring.
  • Format et résolution — Enregistrez en WAV 24-bit si possible, ou au moins 16-bit/48 kHz. Les formats compressés (AAC/MP3) sont rapides mais moins exploitables en post-prod.
  • Tester un micro externe — Les micros intégrés sont pratiques mais limités. J'aime utiliser un Shure MV88 (Lightning), un Rode VideoMic Me-L pour iPhone, ou un iRig Mic pour Android. Si vous avez la possibilité, un petit enregistreur Zoom H1n connecté en ligne peut faire des merveilles.
  • Préparer un support stable — Trépied smartphone, clamp ou perche : évitez les mains tremblantes et les mouvements brusques qui changent la balance sonore.
  • Casque de monitoring — Apportez un casque isolant (Beyerdynamic, Audio-Technica) pour vérifier en direct l'absence de saturation ou de bruits parasites.

Sur place — placement et réglages

Le positionnement change tout. Ici, l'écoute et le test rapide avant le set sont essentiels.

  • Choisir le bon emplacement — Privilégiez une zone légèrement en avant du mix, pas dans la fosse du public ni collé aux retours. L'objectif est d'avoir une balance entre scène et salle.
  • Distance et hauteur — Placer le micro à hauteur de la tête des musicien·ne·s ou légèrement au-dessus permet une image plus naturelle. À 3–5 mètres, on capte aussi l'ambiance de la salle.
  • Stéréo vs Mono — Si vous utilisez un micro stéréo (ex : MV88), exploitez la largeur. Sinon, mono est souvent plus simple et plus fiable en post-prod.
  • Réglage du gain — Mieux vaut sous-enregistrer que saturer. Visez des pics entre -12 dB et -6 dB. La saturation numérique est presque impossible à réparer.
  • Limiter/compresseur — J'évite les limiteurs automatiques sur le téléphone ; ils peuvent écrêter de manière imprévisible. Préférez un enregistrement propre et une compression contrôlée en post-prod.
  • Vérifier le bruit — Écoutez 30 secondes avant le début : ventilation, conversations, cliquetis. Notez les sources gênantes pour les corriger si possible.
  • Verrouillage focus/exposition (si vous filmez) — Si vous capturez aussi la vidéo, bloquez l'exposition pour éviter que la sortie éclairage ne change la captation audio via l'automatique de certaines apps.

Pendant le live — bonnes pratiques

  • Lancer l'enregistrement tôt — Enregistrez une minute avant la première chanson et une minute après la fin du concert pour éviter les coupures.
  • Surveiller en silence — J'écoute discrètement avec un casque, sans toucher au téléphone pour ne pas créer de bruits.
  • Noter le setlist et les timestamps — Aidez-vous d'une montre ou du minuteur de l'app pour marquer les débuts/fin de morceaux. Ces repères faciliteront le montage.
  • Gérer le public — Si possible, demandez au·à un·e ami·e de calmer le public devant le micro (pas toujours possible, mais ça marche parfois pour les applaudissements très proches).
  • Backups — Si vous pouvez, enregistrez simultanément sur un second appareil ou sur un enregistreur externe. Un backup vous sauvera la mise si un problème inattendu survient.

Après le live — stockage, transfert et métadonnées

La capture est seulement la première étape : le rendu final dépend beaucoup de la post-production et de la manière dont vous livrez le fichier.

  • Vérifier l'enregistrement immédiatement — Écoutez rapidement sur casque : niveaux, saturations, coupures.
  • Sauvegarder et sécuriser — Copiez le fichier sur un ordinateur ou un disque dur externe avant d'effacer quoi que ce soit. Utilisez AirDrop (iPhone), câble USB ou applications de transfert (Resilio, WeTransfer pour gros fichiers).
  • Nommer les fichiers clairement — Format recommandé : Date_Venue_Artiste_Setlist.wav (ex : 2026-09-01_Botanique_LesTrucs_WildSet.wav).
  • Ajouter un fichier texte (.txt) — Incluez le setlist, les timestamps de chaque morceau, le lieu, la date, le système d'enregistrement (micro, app), et vos remarques (ambiances, couacs). C'est précieux pour qui reçoit le fichier.
  • Format de livraison — Pour une livraison pro, envoyez un WAV 24-bit/48 kHz. Si l'espace est limité, un FLAC est un bon compromis sans perte.

Post-production rapide et livrable standard

Vous n'avez pas besoin d'être ingenieur·e du son pour rendre un fichier utilisable, mais quelques retouches simples aident beaucoup.

  • Trim — Coupez les silences initiaux et finaux pour alléger le fichier.
  • Nettoyage léger — Un filtre passe-haut autour de 60–80 Hz enlève les grondements sans toucher au corps du mix. Évitez l'over-EQ.
  • Réduction de bruit — À utiliser avec parcimonie. Les outils comme iZotope RX ou Audacity offrent des options, mais ils peuvent rendre le son artificiel si mal appliqués.
  • Normalization — Normaliser à -1 dB FS pour un niveau cohérent. Pour des projets sérieux, faites une compression/limiting léger en laissant de la dynamique.
  • Exporter — Livrez en WAV 24-bit/48 kHz (ou 16-bit si demandé), accompagnés d'un MP3 320 kbps si nécessaire pour un partage rapide ou une écoute en ligne.

Petite table récapitulative — checklist rapide

Élément Pourquoi Astuce rapide
Stockage + batterie Évite coupures et pertes 10 Go libres + powerbank
Application Contrôle du gain et format FiLMiC Pro / Rode Rec / RecForge
Micro externe Qualité et directivité Shure MV88 / Rode VideoMic Me-L
Placement Balance scène/salle 3–5 m en avant du mix
Gain Évite la saturation Pics -12 à -6 dB
Backup Sécurité Second appareil ou enregistreur
Livrable Compatibilité pro WAV 24-bit/48 kHz + TXT setlist

Si vous voulez, je peux vous préparer un modèle de fichier texte (.txt) pour accompagner chaque enregistrement, avec champs prêts à remplir (date, lieu, setlist, micros, commentaire) — dites-moi votre format préféré et je vous l'envoie.