Obtenir une chronique dans un média local quand on n'a ni piston ni base de données d'e-mails, c'est souvent présenté comme un Graal inaccessible. Pourtant, j'en ai vu — et j'en ai fait — des approches qui fonctionnent. En tant que journaliste musical et curatrice, je reçois des propositions toute la semaine, et je vais vous dire ce qui, à mes yeux, fait la différence entre un message ignoré et une chronique publiée.

Comprendre ce que cherche le média

La première erreur, c'est d'envoyer le même message à tout le monde. Un média local n'a pas les mêmes attentes qu'un webzine spécialisé métal, ni la même ligne éditoriale qu'une radio associative. Avant d'envoyer quoi que ce soit, prenez le temps de lire deux ou trois articles récents, d'écouter les playlists si le site en propose, de regarder les interviews filmées. Vous verrez vite si votre projet correspond à l'esprit du lieu.

Soigner sa page d'accueil (ou son profil artiste)

Vous pouvez ne pas avoir de relations, mais vous avez un site, une page Bandcamp, un SoundCloud, un compte Instagram pro, Deezer, Spotify. Pensez à ces éléments comme votre carte de visite numérique. Ce que je regarde en premier :

  • Une biographie claire et courte (qui raconte l'essentiel en deux phrases).
  • Des liens directs vers l'écoute (pas seulement vers une page qui demande de chercher l'EP).
  • Des visuels propres : une photo promo en bonne résolution, une pochette lisible.
  • Une page "presse" ou un kit simple : bio, liens, extraits, contacts.

Si tout cela semble bricolé, j'ai moins envie d'écouter — même si la musique est bonne.

Le message qui marche : court, personnalisé et orienté valeur

Les journalistes locaux reçoivent des dizaines de sollicitations par semaine. Quand je réponds à une demande de chronique, j'aime savoir rapidement deux choses : qui vous êtes et pourquoi mon lectorat devrait s'en soucier. Voici la structure que j'utilise et que je conseille :

  • Ouverture personnalisée : mentionnez un article ou une émission récente du média. Ça montre que vous vous adressez à la bonne personne.
  • Une phrase pour présenter l'artiste/projet (genre/particularité + lien d'écoute direct).
  • Ce que vous proposez concrètement : exclusivité d'écoute, concert local à venir, rencontre, dossier de presse.
  • Disponibilités et coordonnées (téléphone + adresse e-mail), et une phrase courte pour proposer un envoi physique si c'est pertinent.

Exemple de pitch en une phrase : « Bonjour Jeanne — j'ai adoré votre chronique du dernier live au Café du Nord : je me permets de vous proposer l'écoute en avant-première de notre nouvel EP (post-rock / voix féminine). On joue à la Maison Pop la semaine prochaine, et je peux vous envoyer un lien privé + une clé USB si vous préférez un format physique. »

Proposer quelque chose que les médias locaux ne peuvent pas refuser

Un angle local fait une énorme différence. Les médias cherchent des histoires qui parlent à leur public : un groupe qui répète dans la ville, une thématique sociale, un concert caritatif, une résidence en collège, une collaboration avec un autre artiste connu de la scène locale.

Offrez de la matière : photos exclusives, extrait vidéo, accès au set acoustique pour la web TV du média, une interview sur place. Plus vous facilitez le travail du journaliste, plus vous augmentez vos chances.

Aller à la rencontre, physiquement

Rien ne remplace la proximité. Pour un média local, une poignée de main vaut parfois mieux qu'un millier d'e-mails. Allez aux concerts, aux vernissages, aux cafés où se retrouvent les programmateurs et journalistes. Présentez-vous, n'ayez pas un discours formaté, intéressez-vous aux personnes. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, un message vocal court dans lequel on entend votre voix (et votre sincérité) est souvent plus marquant qu'un long e-mail impersonnel.

Utiliser les canaux alternatifs intelligemment

Les réseaux sociaux servent à créer une connexion. Taggez le média après un concert, envoyez un DM accompagné d'un lien de streaming et d'une phrase personnelle. Les groupes Facebook locaux, les newsletters de la ville, les pages culturelles Instagram sont autant de portes d'entrée. Attention : pas de spam massifs. Un message ciblé et respectueux vaut mieux que 200 envois génériques.

Créer des petites victoires pour accumuler la crédibilité

Si vous débutez, cherchez d'abord des formats courts : playlist locale, chronique brève, interview podcast de 10 minutes. Ces premières apparitions facilitent l'accès à des formats plus longs par la suite. Je privilégie souvent les artistes qui montrent une trajectoire : un single, un concert, un clip, un EP — tout ce contenu facilite le travail journalistique et montre un engagement.

Le suivi : poli, patient, utile

Relancer, oui. Harceler, non. Attendez 7 à 10 jours avant une relance simple et personnalisée : rappelez le premier message, ajoutez une nouveauté (une date de sortie officialisée, un lien vidéo, une chronique dans un autre média). Si la réponse est négative, remerciez — vous ne savez jamais quand la personne aura besoin d'un artiste pour une session live ou un dossier.

Ce qui casse une bonne approche

  • Envoyer des pièces jointes lourdes sans prévenir (préférez les liens privés).
  • Être agressif dans les relances ou prétendre qu'on mérite une chronique.
  • Ignorer la ligne éditoriale du média.
  • Proposer seulement de la promo sans offrir de contenu (photos, interviews, vidéos).

Un petit tableau-checklist pour ne rien oublier

Avant d'envoyer Fait
Lire le média et personnaliser le message
Préparer un lien d'écoute direct (privé si besoin)
Rassembler photos / bio / visuel pochette
Proposer une valeur ajoutée (exclu, concert local, interview)
Prévoir une relance simple après 7-10 jours

Si vous voulez, je peux vous aider à relire votre pitch ou à transformer votre bio en 2 phrases percutantes à envoyer aux médias. Envoyez-moi votre version et je vous propose une réécriture optimisée pour la presse locale — ça peut vraiment faire la différence.