J'assiste beaucoup de concerts — petits clubs, festivals, salles plus confinées — et comme vous, il m'arrive d'avoir envie de conserver un moment sonore précis : un solo, un pont, la réverb d'une voix en particulier. Mais enregistrer au smartphone sans tout dénaturer (ou sans passer pour l'abruti·e qui filme tout en gênant les autres) demande un peu de méthode. Voici comment je fais, ce que je déconseille, et les choix techniques qui permettent de garder l'âme d'une performance tout en restant respectueux·se du lieu et des artistes.

Avant le concert : respecter les règles et préparer son matériel

La première chose que je vérifie systématiquement, c'est si l'enregistrement est autorisé. Certaines salles et festivals l'interdisent, d'autres l'acceptent pour un usage privé. Si je peux, je demande au staff ou au bar. Simple et poli — et ça évite les ennuis.

Sur le plan matériel, je distingue deux situations : "enregistrement discret avec le smartphone seul" et "amélioration portable" avec un micro externe. Dans les deux cas, je mets toujours mon téléphone en mode Ne pas déranger et je coupe les notifications. Rien de pire qu'une sonnerie en plein solo.

Le smartphone seul : astuces de base

Si je n'ai qu'un smartphone, voici ce que je fais pour optimiser la prise :

  • Choisir une application dédiée : l'appli native peut suffire, mais j'utilise souvent Dolby On (traite le son automatiquement), RecForge II (contrôle manuel), ou Voice Memos en iOS pour la simplicité.
  • Paramètres : je passe en enregistrement WAV ou à tout le moins en 48 kHz/256 kbps si l'option existe. Le MP3 compressé peut fonctionner pour un souvenir, mais je lui préfère un format sans perte pour conserver la dynamique.
  • Gestion du gain : je vérifie le niveau avant le début du passage. Si l'appli le permet, je baisse le gain d'entrée pour éviter le clipping. Les pics sonores (surtout en métal/rock) écrêtent très vite un enregistrement smartphone.
  • Placement : je tiens le téléphone à hauteur poitrine plutôt qu'au-dessus de la tête. Cela réduit le bruit du geste et évite de bloquer la vue des autres. En général, à 3–5 mètres de la scène on capte une image sonore plus "naturelle" — plus ambiante et moins artificielle que collé aux enceintes.
  • Orientation : le micro principal du téléphone n'est pas directionnel. Je pointe le portable vers la scène mais pas directement vers une enceinte pour éviter l'écrêtage.
  • Ajouter un micro externe : le saut qualitatif

    Si j'anticipe un moment où la qualité compte vraiment, j'emporte un petit micro plug-and-play. Les options qui m'ont donné satisfaction :

    MicroUsageAtout
    Shure MV88 (Lightning)iPhoneSon clair, réglages via app
    Rode VideoMic Me-LiPhone/USB-C adaptateurBon rapport bruit/signal, compact
    Zoom iQ6 / iQ7iPhoneStéréo, gain réglable
    Rode NT-USB Mini / petit interfaceBackline/si table de mixage accessibleQualité studio, mais plus encombrant

    Avec un micro externe je peux me permettre d'être plus près de la scène (sans gêner) et d'obtenir une image stéréo plus riche. J'ajuste toujours le gain et fais un test rapide pendant les balances si possible.

    Si j'ai le choix entre smartphone et enregistreur dédié

    Rien ne vaut un enregistreur portable (Zoom H1n, H4n, Tascam DR-series) si le contexte le permet. Ils captent une dynamique plus large et résistent mieux aux saturations. Je n'amène toutefois jamais un enregistreur si la salle l'interdit explicitement — et je reste discret·e.

    Placement et comportement pendant l'enregistrement

  • Je ne bloque jamais la vue. Je m'accroupis ou je reste sur le côté si je veux être proche.
  • Je limite la durée : un clip de 30–90 secondes suffit souvent pour immortaliser un moment sans encombrer la performance.
  • Je n'utilise pas le flash ou la torche, et j'évite de filmer vidéo si ça attire l'attention et gêne le public.
  • Le son d'un concert, ce n'est pas seulement la scène : c'est la salle, la résonance, les applaudissements. Enregistrer en mode "ambiance" plutôt que "micro collé dans l'ampli" permet souvent de retranscrire ce qui m'a ému·e sur place.

    Post-traitement : préserver l'authenticité

    Une fois chez moi, je traite rarement mes captures de façon radicale. L'objectif, pour moi, est de restaurer plutôt que de réinventer.

  • Édition minimale : couper les débuts/fin en coup de Zoom, enlever les bruits extrêmes (une porte qui claque).
  • Contrôle du gain et réduction du bruit : j'utilise Audacity pour des ajustements basiques, Izotope RX si j'ai besoin de retirer un sifflement. Mais je reste prudent·e — un "nettoyage" trop agressif rend le son artificiel.
  • Égalisation légère : atténuer les fréquences extrêmes (sous 60 Hz si la caisse claire est envahissante, au-dessus de 10 kHz si le souffle est prononcé).
  • Limiter/normalisation : je plafonne les niveaux pour éviter les sauts de volume sans écraser la dynamique.
  • Des applis mobiles comme Dolby On font un excellent travail automatique (compression légère, réduction de bruit, etc.) et suffisent souvent pour une mise en ligne informelle. Pour toute diffusion publique plus poussée, je demande systématiquement l'autorisation de l'artiste.

    Respect légal et éthique

    Enregistrer pour un usage personnel est souvent toléré, mais diffuser, monétiser ou distribuer un enregistrement sans autorisation peut poser des problèmes de droits d'auteur et de droit à l'image. J'envoie toujours le fichier à l'artiste si je veux le partager publiquement, ou je demande l'autorisation via leur contact pro. Beaucoup d'artistes apprécient qu'on leur propose avant de mettre en ligne une captation.

    Autre règle d'or : respecter la confidentialité des autres spectateurs. Je ne publie pas d'enregistrements où l'on reconnaît clairement des conversations privées. Si un enregistrement contient des réactions du public particulièrement marquantes, je demande leur consentement si je veux les rendre publiques.

    Checklist rapide avant d'enregistrer

  • Vérifier l'autorisation du lieu / staff.
  • Activer "Ne pas déranger" et mode avion.
  • Sélectionner une appli adaptée et le format (WAV/48 kHz si possible).
  • Tester les niveaux avant le morceau.
  • Placer le smartphone/micro sans gêner la vue des autres.
  • Limiter la durée de l'enregistrement et éviter d'attirer l'attention.
  • Traiter légèrement le fichier, puis demander l'accord pour toute diffusion publique.
  • En somme, il y a un juste milieu entre conserver un souvenir sonore fidèle et altérer l'expérience des autres spectateurs ou la prestation des musicien·ne·s. En restant poli·e, discret·e, préparé·e et honnête dans la diffusion, on peut garder des traces qui respectent la performance tout en restant précieuses pour nous.