Reproduire le son post-metal de Cult of Luna en répétition, ce n'est pas seulement choisir un ampli « saturé » : c'est recréer une atmosphère, une profondeur et une dynamique qui respirent entre les instruments. Dans mes répétitions avec des groupes aux ambitions post-metal, j'ai appris que l'ampli est une pièce importante du puzzle — mais pas la seule. Je vous raconte ici ce que j'essaie, ce qui marche, et comment m'équiper selon le budget et les contraintes de salle.

Ce qui caractérise le son « Cult of Luna » (et ce que votre ampli doit permettre)

Avant toute chose, il faut définir les qualités sonores à atteindre. Pour moi, le son de Cult of Luna se reconnaît par :

  • une épaisseur low-mid qui supporte les riffs lourds sans être boueuse ;
  • une attaque claire pour laisser transparaître les lignes de guitare et les textures ;
  • beaucoup d'espace créé par des delays et réverbs — souvent en configuration stéréo ;
  • une dynamique importante : le son doit pouvoir passer du quasi-clean au mur de saturation sans s'effondrer.
  • Concrètement, l'ampli idéal doit offrir une bonne headroom (pour les cleans et les boosts), une saturation harmonique chaleureuse quand on pousse les étages, et de préférence une boucle d'effets série/parallel fiable pour intégrer delays, réverbs et modulations.

    Types d'amplis et recommandations pratiques

    Voici comment je classe les options et ce que j'en attends en répétition :

  • Modèles à lampes traditionnels — Orange Rockerverb, Mesa/Boogie Mark/Rectifier, Marshall JCM/1959 : ce sont des choix sûrs si vous voulez une saturation organique et réactive. L'Orange a une belle épaisseur et une présence mid bien marquée, souvent appréciée en post-metal. Le Mesa est plus moderne, plus compressé et incisif ; le Marshall apporte un grain classique très expressif.
  • Amps à haut headroom / cleans solides — Fender Twin, Vox AC50, Bogner Überschall (pour les versions plus modernes) : utiles si vous travaillez beaucoup l'arrivée progressive des sons (clean → crunch → fuzz). Ils laissent la place aux pédales et conservent de la clarté quand on empile des delays et reverbs.
  • Modeling / profilage (Kemper, Axe-Fx, Helix) — mon conseil quand vous voulez consistance et polyvalence : ces rigs permettent de stocker des profils d'ampli, de sortir en stéréo et de configurer des IR d'enceintes. En répétition, ça évite de trimballer plusieurs têtes et baffles. Le son peut être étonnamment proche du rendu d'un stack réel si on prend le temps de paramétrer.
  • Amps solides modernes — Boss Katana, Friedman Buxom, Peavey 6505 (si vous cherchez plus de mordant) : pour les budgets limités, un Katana bien réglé fait des merveilles et possède souvent une boucle d'effets correcte. Les modèles Friedman/Peavey donnent des couleurs plus focalisées sur la saturation.
  • Choix selon le budget et l'usage

    Pour être utile en répétition, j'ai monté ce petit tableau mental (ici mis en forme simplifiée) qui m'aide à choisir selon ambition et portefeuille :

    BudgetOption recommandéePourquoi
    PetitBoss Katana / Blackstar HT ClubPrix contenu, multi-voix, boucle d'effets, bonne palette pour lo-fi → mid gain
    MoyenOrange Rockerverb / Mesa ComboTube, caractère organique, bonne dynamique, tient la pédale
    Élevé / ProKemper / Fractal Axe-Fx + power ampConsistance, presets, sorties DI stéréo pour console/retour, gain de setup en répétition et live

    Le rôle du baffle et des haut-parleurs

    Un ampli, c'est la tête + le baffle. En post-metal, je privilégie :

  • un 4x12 pour le rendement et l'impact basse ;
  • ou un 2x12 angle pour un son plus focalisé et moins boueux en petit local ;
  • des haut-parleurs Celestion (Vintage 30, G12M) si vous voulez ce grain rock/metal ; des haut-parleurs plus clairs (Greenback, Creamback) si vous voulez plus d'articulation dans les médiums.
  • En répétition, si le voisinage est un souci, pensez à une puissance atténuée (power soak) ou à un baffle fermé qui contient mieux les graves. Les modèles à charge réactive (Reactive Load) permettent d'envoyer un signal DI vers la table sans perdre le caractère de l'ampli.

    Pedals, boucle d'effets et stéréo : la vraie clé

    Pour obtenir l'immensité de Cult of Luna, l'ampli travaille main dans la main avec les effets :

  • Boost/overdrive (pour pousser l'étage de puissance sans écraser la palette) ;
  • Fuzz / octave sur certaines parties pour épaissir ;
  • Delay stereo (ping-pong ou subdivisions longues) ;
  • Réverb large et modulée ;
  • Looper ou pédale d'expression pour construire des couches en répétition.
  • Idéalement, travaillez en stéréo : deux baffles séparés ou un ampli stéréo/rig modélisé vous donneront ce placement spatial qui fait respirer les morceaux. Si vous n'avez qu'un ampli mono, pensez à utiliser une pédale de delay/réverb stéréo en fin de chaîne et à répartir la guitare rythmique dans les retours.

    Réglages pratiques que j'utilise en répétition

    Voici quelques repères de réglage qui m'ont servi :

  • Gain : modéré — on cherche la saturation harmonique, pas la bouillie ; si vous avez besoin de beaucoup de saturation, préférez une pédale devant l'ampli plutôt que d'augmenter le gain de tête à fond.
  • Basses : assez présentes pour le support, mais pas à fond — vous voulez garder de l'espace pour la basse et la batterie.
  • Médiums : légèrement marqués pour la définition, mais pas nasillard ;
  • Aigus : assez pour l'attaque (pick/nuance) et pour que les delays ressortent.
  • Présence / resonance : ajustez selon la salle ; plus de présence en local humide, moins en pièce vive.
  • En répèt, je demande toujours un retour de batterie et de basse propre, car le mélange global influence énormément la sensation de « mur » sonore.

    Micro et captation en répétition

    Si vous devez capter l'ampli sur la sono ou pour faire des prises, le classique SM57 sur le centre du cône reste un choix fiable. Pour une image plus complète, j'ajoute souvent un MD421 un peu sur le bord pour capter les médiums et l'attaque. Si vous utilisez un profilage (Kemper/Axe-Fx), sortez DI stéréo et éventuellement une réverb/delay en retour pour garder la dimension ambiante.

    En résumé (sans trop résumer), choisissez un ampli qui vous laisse placer vos effets, qui a une dynamique suffisante et une bonne interaction avec les pédales. Si vous hésitez entre vintage lampes et profilage, demandez-vous si vous voulez voyager léger et reproductible (Kemper/Fractal) ou si vous recherchez la réaction organique d'un tube — dans les deux cas, soignez la boucle d'effets et le côté stéréo pour retrouver l'espace de Cult of Luna.